You Hear What You See…
—
Ils ne pratiquent pas de sport, car pour eux la compétition et les records n’ont pas de sens. Nous assistons à un spectacle, celui d’une représentation de la souffrance. La figuration danse dans la douleur.
Les gestes sont excessifs et surjoués. La technique n’intervient qu’à dose homo-pathétique.
À terre, l’adversaire est prêt à succomber. Il fait parvenir à la foule, impuissante, toute sa détresse. Ce que l’on aperçoit, les yeux à demi-cachés derrière nos mains, devient intolérable, car rien ne peut lui venir en aide. À part lui-même. Il nous fait partager son propre dépassement. Le salaud est invincible, plus rien ne fera justice… Orgasme affligeant, organes répugnants, il joue en présentant son corps comme une viande morte, un être deshumanisé. Il est hideux et en dévoile tous les attributs. La foule se lève, elle n’ose plus prendre parti pour l’un ou l’autre aussi longuement. Elle attend un signe venu d’ailleurs, non pas un geste purificateur, mais un geste qui apaise les douleurs. On demande à ce que le toréador achève le spectacle, fascinant et insupportable. Il étire son corps et la sueur qui le recouvre le rend maléable. Il devient l’animal, tentaculaire… Affichant ses attitudes, son costume, il triomphe d’un rictus. Sur le visage de son adversaire, son pied fait étau. Le sourire pour l’un, et l’œil en coin pour l’autre, la prise de soumission cesse en frappant au sol encore et encore. Ces explications épisodiques introduisent les scènes à venir. Elles nous conditionnent, nous préparent à admettre un fait incontestable : cet homme est un salaud, imprévisible osant se réfugier derrière la Loi, quand bon lui semble. Cependant, il n’est pas en reste, en trahissant cette dernière si nécessaire..La danse colore la figure.
La couleur danse dans la douleur, la couleur figure la danse, la figure de la douleur danse.
La figure de la danse coule dans une douleur colorée.
Les spectateurs le détestent. Ils réclament justice !
Nous sommes ici dans le culte du spectacle, celui d’un Hulk sans obstacles. Lui voit ainsi sa réussite dans le regard du public. Jouer ce rôle lui permet d’atteindre la mythologie, de répondre aux attentes de cette foule affamée. Nous voilà au centre des arènes. La lumière zénithale ne laisse aucune allusion. « Ici et là, une lumière sans ombre élabore une émotion sans repli* ». Le corps est, ici, présent de manière iconique. Le temps s’installe dans son siège cinéma. Il n’est plus issu, porte de secours, point de fuite, mais au contraire parenthèse close de pur spectacle.
—
* Le monde où l’on catche, Mythologies. R.Barthes.