Quand l’image s’allume
—
Il est intéressant de constater que le terme “graphisme”, utilisé par le milieu professionnel, ne désigne ni dans l’usage courant, ni dans le dictionnaire, une discipline globale au mieux une multidisciplinarité spécifique. Vaguement qualifié comme un caractère particulier d’une écriture. Le graphisme, cette matière qui est enseignée et qui donne fonction lors d’une action, est explicité par l’atomisation de son territoire. Peu de choses sont mises en place afin de créer réellement un lexique précis des codes et interfaces utilisées. Noyées, de part leur nature, dans le quotidien. La multitude de supports et de langages éclaircit sa situation. Un art du quotidien où chaque invention est utilisée, recopiée, falsifiée, pour entretenir et redorer l’image des marques.
L’hypnose, la tromperie se montre alors au premier plan mettant en place la considération que connaissent en général les objets usuels.
N’y a-t-il pas ainsi une réticence à nommer et à reconnaître un art visuel présent à chaque instant de notre quotidien ? Dans cette écriture du monde interprétée comme une activité qui associe la typographie, l’illustration, la photographie, l’espace, la mise en page et l’impression, les subtilités sont nombreuses : comment distinguer une image pertinente entre toutes celles qui nous entourent ? Faut-il faire partie d’une élite et ne prendre au sérieux que les images produites par les “Grands” ?
Un des phénomènes les plus intriguants, à mon sens aujourd’hui, est la coexistence de différents régimes d’images.
L’image sous ses formes les plus communes et l’image d’art contemporain, celles-ci sont deux domaines qui se partagent et se mèlent au travers des traditions.
Se questionnner sur ce que pourrait être une image “active”, une image qui amorcerait le regard à un ensemble d’idées. Certaines de ces images existent au quotidien. On peut les apercevoir parmi d’autres, dans les espaces quatre par trois, dans le métro, mais pour la plupart, elles ne sont pas contrôlées. Dues à des erreurs ou à des accidents qui amènent du sens et un soupçon de philosophie. Peut-on bânir l’image qui n’existe que sur elle-même, en oubliant même sa pérennité ? Elles sont faites pour être remplacées, tels objets en série conçus pour transmettre un message. Une image qui en décevra une autre et un message qui en amènera un autre, le même qui est d’exister en dépensant.
Un procédé pour diversifier le paysage et faire croire à une constante évolution en espérant que rien ne modifiera le comportement des usagers.
Les hommes communiquent toujours, autour d’un café, parlent entre eux, prennent des décisions sans pour autant perdre le rapport sensoriel avec la matérialité, la promenade restant une activité privilégiée dans notre société.
La contemplation peut permettre de développer le regard et son esprit critique.
Alors tentons de verbaliser ce vers quoi nous tendons avec l’utilisation du net et du « célèbre multimédia ». Ce dernier symbolise la pointe de la technologie, le ludique, le rassemblement de la famille autour d’un même objet ou intérêt, l’hégémonie de l’outil informatique, etc ; mais certainement plus le sens qu’il dégageait dans les années 70.
L’idée du médium, celle du multisupports de diffusion : cinéma, télévision, radio, ainsi que l’affichage et les journaux.
Désormais le multimédia est dénué de son sens, il désigne un objet permettant de faire apparaître des images (ou des bonus que l’on peut sélectionner à sa guise), du son ou du bruit plus fée-érique que jamais sur des enceintes de deux watts : c’est devenu (si c’est la peine de le coucher sur papier) une politique marketing de surpuissance à portée de tous plutôt qu’un atout technologique.
Le langage visuel est le moyen de communication autour duquel toute une culture spécifique s’est construite. L’imprimerie a fait le premier pas dans ce mode d’échange en désignant ainsi la primauté de l’écriture. Notre système scolaire d’apprentissage nous conditionne à ce mécanisme.
Maintenant, l’échange ne se fait par la page d’un ouvrage mais par celle d’un écran : téléphone portable, agenda de poche informatisé et ordinateur personnel. Si la transmission des savoirs et des connaissances s’était diffusé exclusivement à travers une représentation virtuelle 72 Dpi, n’aurions-nous pas une autre approche à l’Image, aux arts visuels ?
Internet propose-t-il un espace de dialogue ? Cette image peut-elle être un lieu à elle seule ? L’envie de séduire, de faire du tape à l’oeil, de généraliser, de populariser ne rique-t-elle pas de nous maintenir dans un univers plat où la médiocrité serait le mot d’ordre ? L’incohérence règne, rien n’est construit ou organisé, mis à part les moteurs de recherche qui sont une maigre avancée pour structurer cet espace.
Les signes utilisés peuvent créer une grammaire avec un nouveau langage : base de données, dossier, infos, page précédente, page suivante, favoris, aller à, chercher, actualiser, démarrage…
Les arts visuels prennent en compte un modèle virtuel qui occulte le temps, le mouvement (encore maintenant), la matière, la lumière, les couleurs, les dispositifs de visionnage, l’espace de circulation… tout ce qui lui donne une matérialité, une esthétique. Mais quelle serait l’oeuvre la plus virtuelle, celle qui ne prendrait en compte que les paramètres humains sommairement décrits ci-dessus. Cela pourrait être… je ne sais pas. Aucune idée de “la chose” qui prendrait en compte uniquement des paramètres informatiques pour exister. Une onde nano-technologique, transmise directement au cerveau qui “matérialiserait” une image ?
La promenade. La contemplation. La critique. Le regard. Une salle informatique dans une école d’art. Un lieu sombre où la lumière perce avec paresse. Où l’éclairage artificiel renforce la froideur du rapport à la machine. Moins de clarté pour s’immerger dans cet univers micro. Créer un univers particulièrement isolé pour être en phase avec son futur : une simple adaptation à son environnement comme l’homme le fait depuis des millénaires est ce qui lui assure sa survie.